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Marché · 6 min de lecture

Pourquoi les prix de l'occasion ont enfin commencé à baisser

Après quatre ans de hausse continue, le marché de l'occasion se détend. J'explique ce que je vois passer au garage et ce que ça change pour vous.

29 octobre 2025 · par Sofiane Alfah

Ça faisait longtemps que je n'avais pas écrit une phrase aussi agréable à taper. Les prix de l'occasion baissent. Pas un effondrement, pas une révolution, mais une vraie détente que je sens depuis le printemps 2025 au garage, à Gerland. J'ouvre Alfah depuis 2008, j'ai vu le marché passer par toutes les phases, et la période 2021-2024 a été la plus folle de ma carrière. Une Clessier de 2019 avec 80 000 km se revendait parfois plus cher que son prix neuf trois ans plus tôt. C'était absurde, et tout le monde le savait.

Aujourd'hui je veux vous expliquer concrètement ce qui se passe, parce qu'entre les gros titres anxiogènes et les vendeurs qui jurent que c'est le moment parfait pour acheter, on perd le fil. Je vais vous donner ce que je vois passer sur mon parking et sous mon pont élévateur, chiffres réels à l'appui.

D'où venait la flambée de 2021 à 2024

Pour comprendre la baisse, il faut comprendre la montée. Pendant le Covid, les usines ont arrêté de produire. Ensuite est arrivée la pénurie de semi-conducteurs, ces puces minuscules qu'on retrouve dans la moindre fonction électronique d'une voiture moderne. Résultat: en 2022, un client qui commandait une Peugeot 208 neuve attendait parfois neuf à douze mois. Quand le neuf devient inaccessible, tout le monde se rabat sur l'occasion récente. La demande explose, l'offre reste fixe, et le prix monte mécaniquement.

J'ai vécu ça de l'intérieur. En février 2023, j'ai acheté en enchères pros une Golf 7 diesel de 2018, 110 000 km, à 14 200 euros frais inclus. Une voiture que j'aurais payée 9 500 euros deux ans plus tôt. Je l'ai revendue 16 900 euros et elle est partie en quatre jours. C'était devenu de la folie, et franchement, ça ne me plaisait pas. Vendre cher une voiture qui ne le vaut pas, ça finit toujours par se retourner contre vous quand le client comprend qu'il a surpayé.

Ce qui a changé en 2025

Plusieurs choses se sont remises en place en même temps. Les constructeurs ont rattrapé leur retard de production, les délais de livraison du neuf sont redevenus normaux, autour de deux à quatre mois selon les modèles. Du coup, la pression sur l'occasion récente est retombée. Les sociétés de location longue durée, qui avaient gardé leurs flottes plus longtemps faute de pouvoir les renouveler, ont enfin réinjecté des milliers de véhicules sur le marché. Plus d'offre, demande qui se calme, le prix redescend.

Sur mon segment, les citadines et compactes de 3 à 5 ans, je constate une baisse réelle de 8 à 12 % entre l'automne 2024 et aujourd'hui. La Golf que j'évoquais, son équivalent 2018-2019 se négocie maintenant autour de 12 500 euros en enchères. C'est encore cher historiquement, mais on revient vers le raisonnable.

L'effet électrique qu'on sous-estime

Il y a un facteur dont on parle moins et qui pèse lourd. Le marché de l'électrique d'occasion s'est effondré, et il entraîne le reste vers le bas. Une Tesla Model 3 de 2021 qui valait 38 000 euros début 2023 se trouve aujourd'hui autour de 24 000 euros. Les Renault Zoe, les anciennes électriques à petite batterie, personne n'en veut sur le marché de l'occasion à cause de l'autonomie qui fond et du doute sur l'état de la batterie.

Cette défiance se diffuse. Quand un acheteur hésite entre une électrique d'occasion qui a perdu 40 % de sa valeur en deux ans et un bon vieux diesel ou une hybride, beaucoup choisissent la valeur sûre. Ça soutient un peu les thermiques fiables, mais l'ambiance générale du marché reste à la baisse.

Concrètement, est-ce le bon moment pour acheter

Question que j'entends dix fois par semaine. Ma réponse honnête: c'est un meilleur moment qu'il y a deux ans, sans hésitation. Mais ne croyez pas les baisses spectaculaires annoncées partout. Voici ce que je conseille concrètement à mes clients en ce moment.

  • ·Visez les véhicules de 4 à 6 ans avec 80 000 à 120 000 km: c'est là que les baisses sont les plus nettes et le rapport prix-fiabilité le meilleur.
  • ·Méfiez-vous de l'occasion de moins de 2 ans: elle reste artificiellement chère, vous payez presque le neuf sans la garantie constructeur complète.
  • ·Pour une hybride essence type Yaris ou Auris, attendez-vous à payer encore une prime: ces modèles tiennent leur valeur parce qu'ils sont recherchés.
  • ·Négociez vraiment: en 2022 un vendeur ne lâchait rien, aujourd'hui une voiture qui reste 40 jours sur un parking, le vendeur commence à transpirer.

Ce que je fais évoluer dans mes achats

De mon côté, j'ai changé ma façon d'acheter pour le parc d'Alfah. Je prends moins de risque sur les modèles à la mode et je reviens vers ce que je sais entretenir et garantir sans surprise: des compactes diesel bien suivies, des essence fiables, quelques hybrides Toyota que je connais par cœur. Mon stock tourne plus vite quand le prix est juste, et un prix juste aujourd'hui c'est un prix qui a intégré la baisse du marché.

Mardi dernier, un couple est venu pour une Citroën C3 de 2020 que j'affichais à 11 400 euros. Ils m'ont montré la même en concession à 13 200 euros. La mienne avait 18 000 km de moins et un carnet complet que j'avais vérifié moi-même. Ils sont repartis avec, et ce genre d'écart, il était impensable il y a deux ans où tout le monde alignait les mêmes tarifs gonflés.

Un prix juste, c'est un prix que je peux défendre face au client en lui ouvrant le capot. En ce moment, je peux enfin le faire sans rougir.

Ce qui peut encore bouger

Je ne suis pas devin. Plusieurs choses peuvent freiner ou inverser cette baisse. Si l'inflation repart et que le crédit auto devient plus cher, certains acheteurs renonceront au neuf et la pression remontera sur l'occasion. Si les zones à faibles émissions se durcissent dans les grandes villes, dont Lyon, une partie du parc diesel ancien deviendra invendable en ville et se bradera, ce qui tirerait encore les prix vers le bas sur ce segment précis.

Mon conseil de garagiste qui a vu passer dix-sept années de marché: n'achetez pas en spéculant sur les prix. Achetez la voiture dont vous avez besoin, au bon kilométrage, avec un historique propre, à un tarif que vous pouvez justifier ligne par ligne. Le reste, les courbes du marché, c'est mon métier de m'en occuper, pas le vôtre. Passez me voir à Gerland, on regardera ça ensemble, capot ouvert, sans baratin.

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